Le monde entier a célébré le dimanche 12 août2018, la journée internationale de la jeunesse. Dans une interview accordée à la presse à l’occasion de cet événement, Mme Victoire Tomégah-Dogbé, ministre chargé de la jeunesse, revient notamment sur le thème de la journée, le rôle des maisons des jeunes etc. L’entretien se termine sur un appel à la jeunesse à s’approprier les maisons des jeunes. « Elles sont dédiées à la jeunesse, elles sont la propriété de la jeunesse », a clamé Victoire Tomégah-Dogbé.

 En intégralité, l’interview!

Pourquoi les Nations Unies ont-elles instauré la journée internationale de la jeunesse?

Depuis l’année 1999, la date du 12 août a été retenue par les Nations Unies pour non seulement reconnaître le plein potentiel de la jeunesse dans le monde, mais surtout pour célébrer le rôle majeur que la jeunesse joue dans la vie et le développement des sociétés de tous les pays et surtout dans la construction de sociétés pacifiques. L’objectif poursuivi par cette célébration c’est de promouvoir la participation effective des jeunes dans la vie de nos sociétés mais surtout dans les processus de prise de décision.

Quel est le thème retenu cette année et comment le gouvernement togolais fait-il face à cette question?

Cette année, le thème retenu c’est « Des espaces sécurisés pour les jeunes ». La question qu’il faut se poser c’est: « Pourquoi des espaces sécurisés pour les jeunes? ».

 Nous le savons tous, les jeunes ont leurs préoccupations, ils ont des besoins spécifiques propres à eux; les jeunes ont du potentiel; ils ont des talents et ils ont besoin d’espaces qui leur permettent de réaliser pleinement ces potentiels et ces talents. Les jeunes ont également besoin de se retrouver entre eux pour échanger. Donc, c’est tout à fait normal qu’on puisse identifier ce thème pour inviter les pays et leurs dirigeants à accorder encore plus d’importance à la mise en place d’espaces dédiés aux jeunes.

Pour notre pays, c’est un thème évocateur et qui invite les dirigeants à renforcer les stratégies de mise en place de ces espaces dédiés aux jeunes. Je peux même vous dire que depuis 2012, le gouvernement togolais à pris conscience de la nécessité de créer ces espaces pour les jeunes. Depuis 2012, il y a un vaste programme de mise en place de maisons des jeunes, de centres de jeunes. Aujourd’hui, dans notre pays, nous avons une quinzaine d’espaces dédiés aux jeunes. C’est des espaces qui offrent aux jeunes le cadre approprié pour qu’ils se retrouvent entre eux, participent à des activités éducatives, des activités liées à la citoyenneté, pour que les jeunes puissent s’épanouir pleinement et qu’ils puissent s’insérer de manière efficace à la vie socioéconomique de notre pays.

Je voudrais saisir l’occasion pour féliciter et remercier très sincèrement les plus hautes autorités de notre pays qui ont compris très tôt la nécessité de mise en place de ces cadres, et qui œuvrent sans cesse pour que des investissements majeurs soient mis en place pour faciliter l’accès de ces jeunes à l’éducation, à la formation et aux emplois décents.

Les maisons des jeunes et les centres des jeunes viennent compléter l’arsenal des dispositifs mis en place pour pouvoir créer le cadre socio-éducatif qu’il faut pour assurer l’épanouissement des jeunes et les amener à être des citoyens responsables, actifs, qui participent pleinement à la construction de notre pays.

Quel est  le rôle des maisons et centres des jeunes dans la politique globale de promotion de la jeunesse au Togo ?

Les maisons des jeunes ou les centres des jeunes sont des structures multifonctionnelles et qui ont pour vocation d’œuvrer pour le plein épanouissement et l’insertion socioéconomique des jeunes. Quand vous prenez une maison des jeunes, vous avez à la fois des activités socio éducatives, culturelles, sportives. C’est des activités qui se complètent pour permettre aux jeunes de se réaliser pleinement. C’est des activités qui passent par la sensibilisation, l’information, la formation. L’objectif poursuivi, c’est de faire du jeune un citoyen complet, un citoyen qui réalise son talent, qui libère tout le potentiel qu’il a et qui peut valablement participer à la vie de sa communauté.

Par exemples, nous avons la maison des jeunes d’Amadahomé qui a été réalisée sur les fonds propres de l’Etat, la maison des jeunes de Kara également réalisée sur les fonds propres de l’Etat. Nous avons d’autres maisons des jeunes comme celles de Mango, de Dapaong, de Sokodé (en construction), de Gando, de Tandjouaré… C’est tout un programme qui se met en place progressivement.

Ces maisons des jeunes offrent des activités aux jeunes. Nous identifions des occasions pour organiser des activités pour les jeunes. Par exemple, les vacances utiles et citoyennes qui vont démarrer très bientôt offrent des activités à ces jeunes; les centres aérés où le jeune peut faire beaucoup de choses: la poésie, la chorégraphie, le sport; apprendre pleins de choses: le perlage, la fabrication du savon etc. C’est des activités qui passent par l’entrepreneuriat, la sensibilisation à la citoyenneté…L’ambition pour le gouvernement togolais, c’est de rendre constantes ces activités durant toute l’année.

Ce qu’il faut aussi saluer, c’est que non seulement l’Etat met en place des investissements pour pouvoir offrir ces espaces, mais il y a également le secteur privé qui s’y met. Par exemple, les bluezones qui sont mises en place par le Groupe Bolloré contribuent également à l’atteinte de ces objectifs et par la même occasion, je voudrais inviter l’ensemble des opérateurs économiques, la société civile à travailler aux côtés du gouvernement togolais pour offrir le maximum d’espaces qui sont dédiés aux jeunes pour assurer leur plein épanouissement et leur implication effective dans la vie socioéconomique de notre pays.

Quelle est la vision, à terme, du gouvernement en développant ces espaces sécurisés pour l’épanouissement des jeunes togolais?

Comme je l’ai dit tout à l’heure, les maisons des jeunes, les centres aérés, ont pour vocation d’assurer l’encadrement socio-éducatif des jeunes et donc contribuer à l’épanouissement, au bien- être des jeunes. Le jeune doit se sentir bien pour pouvoir participer effectivement de manière active à la vie de la société et de notre pays.

Quand vous prenez par exemple les jeunes déscolarisés qui sont des volontaires et qui, activement, prennent part aux opérations de salubrité publiques dans beaucoup de nos localités, c’est justement parce que ces jeunes ont besoin d’être pris en compte, d’être pris en charge. Nous mettons toujours un lien entre ces différents programmes de volontariat, d’entrepreneuriat avec les espaces.

Ces espaces qui sont dédiés aux jeunes offrent l’opportunité pour les jeunes et pour tous ceux qui ont envie d’organiser des activités pour ces jeunes, de le faire. Nous pensons réellement que chaque localité de notre pays doit être dotée d’une maison de jeunes, d’un centre aéré.

Quand on parle de maison des jeunes, ça devient un peu plus complexe: il y a beaucoup de fonctions et un paquet de services est offert aux jeunes. Mais quand on parle de centre aéré, c’est un peu plus réduit. Ça dépend des moyens, de la taille de la localité. Mais le plus important, c’est de dédier un espace pour les jeunes. Ils ont besoin d’être écoutés, ils ont besoin d’être mis en confiance et pour cela, il faut leur créer un espace qui leur est dédié.

La mission pour notre pays, c’est de doter chaque localité de ces espaces.

Et donc, ce ne sera pas l’affaire de l’Etat tout seul mais aussi le secteur privé, les collectivités locales doivent inclure ces genres d’investissements dans leur programme d’aménagement des localités; la société civile doit également s’impliquer, les partenaires au développement, dans leur programme de développement du pays, peuvent accepter aussi d’intégrer la construction de maisons des jeunes, d’espaces des jeunes. C’est une responsabilité vraiment collective. Je voudrais vivement lancer cet appel aux opérateurs économiques, à la société civile, aux partenaires au développement pour qu’ils puissent s’associer au gouvernement togolais pour offrir le maximum d’espaces aux jeunes parce qu’ils en ont besoin pour s’épanouir, pour être des citoyens accomplis qui sont engagés pour le développement de notre pays.

Aujourd’hui, l’espace qui intéresse les jeunes, c’est la toile. Est-ce que le gouvernement togolais prévoit quelque chose à ce niveau pour les jeunes?

Vous savez, quand vous avez un espace dédié aux jeunes, que ce soit une maison des jeunes ou un centre aéré, le plus important, c’est de mettre en place les moyens pour les jeunes d’être interconnectés. C’est d’avoir une plateforme digitale pour que les jeunes puissent communiquer et il faut faire avec les moyens qui sont d’actualité.

Aujourd’hui, vous savez que les jeunes communiquent plus sur le digital. Donc, dans une maison des jeunes, il faut forcément penser à la connectivité pour que les jeunes puissent être connectés. Également, on n’a pas besoin d’un espace physique pour communiquer. Les jeunes peuvent eux-mêmes initier ces genres de plateformes digitales. Le plus important, c’est d’assurer que les jeunes, à travers ces plateformes, s’informent, sont sensibilisés sur des thématiques sur lesquelles ils ont besoin d’informations et que ces jeunes s’adonnent à des activités saines. Donc que ce soit un espace physique ou un espace numérique, c’est le contenu qui est important. Je voudrais inviter les jeunes à être enthousiastes, spontanés dans la création de ces différentes plateformes. Nous sommes là pour les encourager, les encadrer. C’est l’encadrement surtout qui est important. Parce que les jeunes peuvent se retrouver entre eux mais s’il n’y a pas un bon encadrement, ça peut partir dans tous les sens. C’est ce que nous essayons de faire avec les jeunes.

Un dernier mot à l’endroit de la jeunesse et des acteurs impliqués dans son épanouissement.

 Mettre en place une maison des jeunes ou un centre des jeunes, demande beaucoup d’investissement. Par exemple, à la maison des jeunes de Lomé ou de Kara, les infrastructures que nous mettons en place, on le fait chaque année. On a par exemple l’amphithéâtre, des salles de réunion, des blocs d’ateliers mais également on a besoin d’aires de jeux, de cafétéria. Cela demande beaucoup d’investissement et le gouvernement togolais a choisi de le faire de manière progressive. Nous avons d’autres maisons des jeunes qui sont un peu plus modestes: juste quelques salles de réunion, des aires de jeux etc. Le plus important, c’est de les coller aux besoins des jeunes de la localité et se dire que c’est des investissements qu’il faut réaliser de manière progressive.

Je voudrais inviter les jeunes à s’approprier ces maisons des jeunes. Elles sont dédiées à la jeunesse, elles doivent être la propriété de la jeunesse. Elles peuvent être même gérées par les jeunes. Nous avons les exemples de certains pays comme l’Égypte où les maisons des jeunes sont gérées par des jeunes, encadrés par des artistes de renom qui sont à la retraite mais qui ont accepté de partager leur savoir-faire, leur expertise avec les jeunes. C’est un cadre qui permet vraiment le passage d’une génération à une autre. Donc, je voudrais vraiment inviter les jeunes à s’approprier ces maisons des jeunes. Je voudrais inviter également les anciennes gloires de notre pays à s’intéresser à ces maisons des jeunes pour pouvoir passer ce qu’ils ont de plus cher, ce qu’ils ont réussi dans leur vie, à ces jeunes.

Aujourd’hui, dans notre pays, nous avons de belles réussites, nous avons des champions de la jeunesse grâce aux mécanismes que nous mettons en place avec le FAIEJ, le PRADEB, le FNFI. Ces champions ont besoin d’être connus; ils ont besoin d’être célébrés; ils ont besoin de partager leur succès avec d’autres jeunes pour susciter une certaine émulation. Les maisons des jeunes sont là pour ça. Donc, les jeunes sont invités à s’approprier ces maisons des jeunes. Les anciennes gloires ou les champions que nous créons aujourd’hui sont également à utiliser ces maisons pour aider les jeunes à réaliser pleinement leurs talents dans notre pays.

Je voudrais saisir l’occasion pour remercier le Chef de l’Etat qui a donné les instructions nécessaires pour que nous puissions lancer ce programme de mise en place de maisons des jeunes dans notre pays. C’est une action de longue haleine mais avec le concours des uns et des autres, des jeunes eux-mêmes, des opérateurs économiques, de toutes les bonnes volontés, nous arriverons, à terme, à doter chaque localité de notre pays d’une maison des jeunes. La contribution du secteur privé, de la société civile ainsi que des partenaires au développement, se révèle nécessaire pour l’atteinte de cette ambition qui est noble pour notre pays. Je voudrais donc encourager tous les partenaires à s’engager aux côtés du gouvernement togolais pour créer le maximum d’espaces sécurisés pour la jeunesse.

La jeunesse, c’est ce que nous avons de plus cher, c’est la première ressource du pays. Je voudrais inviter tous les Togolais à se mettre ensemble pour offrir les moyens à nos jeunes de s’épanouir. Je le redis, ce n’est pas l’action du gouvernement togolais seul, c’est une action collégiale.

À tous les jeunes, je voudrais souhaiter une bonne célébration de la journée internationale de la jeunesse.

Source : www.manationtogo.com

 NB : Titre de l’interview modifié

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