Chaque jour, plusieurs cas d’accidents graves sont signalés au Togo. En 2018, le rapport du ministère de la sécurité, indiquait 5814 accidents. Ces accidents graves, en plus des opérations chirurgicales, des accouchements et des maladies comme l’anémie, la drépanocytose et le paludisme occasionnent d’énormes besoins en produits sanguins. Des besoins qui restent difficilement satisfaisables, à cause d’un manque sévère de poche de sang dans les unités sanitaires. Les familles des patients doivent attendre des heures, voire des jours avant d’obtenir une poche de sang. Kamgou s’est approché de TETE Sena Yao, chef  Unité Information Education Communication et chargé de la collecte mobile au Centre National de Transfusion Sanguine pour mieux comprendre la situation.

Dites-nous quelle est la situation de la disponibilité en produit sanguin au Togo ?

Nous souffrons actuellement d’une pénurie. La demande devient forte et l’offre est basse, ce qui fait que les parents des malades font plus de 2 jours pour trouver les poches de sang surtout à rhésus négatif. Les besoins en produits sanguins s’élèvent à 75.000 poches par année mais les centres de transfusion ne couvrent que 60 %. Si une seule personne par famille donnait du sang, nous allons couvrir tous les besoins.

Il est donc clair qu’il y a un manque de sang pour les formations sanitaires. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

Le manque de sang dans les formations sanitaires s’explique en ces moments d’avril-septembre par le fait que la grande partie de nos donneurs de sang sont des élèves et vous allez observer qu’à partir du mois d’avril ils commencent les révisions et les examens. Nous n’arrivons donc plus à les fréquenter pour les collectes mobiles. Actuellement, c’est la grande saison pluvieuse où l’eau stagne un peu partout, par après la multiplication des moustiques et c’est le paludisme qui survient et quand il s’agit de la forme anémique on a toujours besoin du sang. Les accidents, les accouchements, les opérations chirurgicales sont également des causes du manque de sang.

Dites-nous pourquoi le sang qui est donné gratuitement par des volontaires est finalement vendu par le CNTS aux nécessiteux dans les centres de santé ?

Le don de sang est gratuit mais la transfusion sanguine a un coût. Le sang est collecté et fourni par un service public : le Centre National de transfusion sanguine (CNTS). Ce service cède le sang à un prix de cession fixé par l’Etat. Ce prix représente une contribution des malades aux coûts d’analyses et de conditionnement des poches de sang. En effet, du prélèvement jusqu’à la cession, la poche de sang devrait revenir à 30.000f. Les malades donnent moins de 30.000f grâce aux subventions de l’Etat et à l’aide des partenaires au développement. Dans les Postes de Collecte et de Distribution (PCD), la cession se fait au même prix qu’au CNTS.

Quelles sont les stratégies mises en place par le CNTS pour mobiliser davantage les populations à donner du sang ?

Face à la pénurie de sang, le CNTS a mis en place un certain nombre de mesures, notamment :

  • la diversification des sites de collecte : des collectes mobiles sont organisées dans les églises, mosquées, clubs, entreprises, groupes organisés ;
  • les messages à l’endroit des donneurs pour leur rappeler leur engagement et les inviter au don de sang ;
  • des communiqués sur les médias pour sensibiliser et inviter la population au don de sang ;
  • la sensibilisation des demandeurs de produits sanguins labiles sur la nécessité de faire le don de sang afin de garantir un stock suffisant de PSL et
  • la sensibilisation du personnel médical sur une prescription raisonnable des PSL

Que devient le sang jugé impropre par le CNTS ? D’aucuns estiment que c’est destiné à d’autres fins…

Cinq (5) types d’analyse sont faits avant de mettre la poche de sang à disposition des malades à savoir : la sérologie VIH/SIDA, l’hépatite B, l’hépatite C , le germe responsable de la Syphilis et la détermination du groupe sanguin. En présence d’un virus, le CNTS a un dispositif appelé incinérateur qui lui permet de brûler cette poche sous surveillance. Il faut noter qu’après ces analyses, le donneur repasse au centre deux (02) semaines après pour retirer gratuitement ses résultats.

Qui peut donner du sang et pourquoi faut-il donner de son sang ?

Il faut donner du sang pour sauver une vie. Pour faire un don de sang, les conditions suivantes doivent être remplies :

  • Avoir un âge compris entre 18 et 60 ans
  • Être en bonne santé
  • Peser au moins 50 kg
  • Ne pas s’exposer à des situations à risque
  • Ne pas avoir reçu l’un des traitements suivants : transfusion sanguine, greffe de tissu ou organe, tatouage, scarification, drogue intraveineuse,…

Qui peut se procurer du sang au CNTS ?

Pour avoir une poche de sang au CNTS, il faut se munir du bulletin de groupage du malade et d’un bon de sang signé et cacheté par le médecin traitant. Ensuite, il y a une traçabilité de la poche de sang, notamment de celui qui vient chercher la poche au malade (noms, prénoms, lieu de résidence, numéro de téléphone).Il faut aussi ajouter que le sang qui est servi aux malades est du sang artificiel (sang prélevé dans une poche contenant un anti coagulant, séparé en 3 produits et conservé à une température de +2° à + 8° C).

Est-ce qu’il n’y a pas de risque de tomber malade après avoir donné son sang ?

Non. Le don de sang ne présente aucun risque. Le matériel utilisé pour prélever le sang est stérile et à usage unique. Le volume de sang prélevé est rapidement remplacé par l’organisme après le don. A chaque don de sang, on prélève une quantité de 350 à 450 ml de sang soit 1/13 du volume sanguin. Physiologiquement, l’organisme a un surcroit de globules rouges, ce qui explique que le don de sang soit parfaitement supporté. En tout, une consultation médicale est obligatoire et confidentielle avant le don.

Où peut-on donner du sang au TOGO ?

Le don de sang peut être fait à Lomé, au siège du CNTS, au Centre Régional de Transfusion Sanguine (CRTS) de SOKODE, au PCD ATAKPAME (dans l’enceinte du CHR à côté du laboratoire), au PCD KPALIME (CHP), au PCD AFAGNAN (Hôpital Saint Jean de Dieu), au PCD KARA (CHR), au PCD DAPAONG (CHR) et au cours des collectes mobiles dans les écoles, églises et services.

Un message particulier ?

Un grand merci à KAMGOU pour cette opportunité que vous nous offrez de sensibiliser davantage la population sur l’importance de donner un peu de son sang pour sauver des vies humaines, surtout en ces temps de pénurie… Je dis merci aux donneurs de sang qui s’engagent à sauver des concitoyens. Je remercie également notre hiérarchie qui ne cesse de nous aider et je lance un appel à toute la population de faire massivement le déplacement sur CNTS sis à TOKOIN DOUMASSESSE pour faire ce geste noble, ce geste de solidarité, ce geste d’amour afin qu’il y ait des poches en quantité suffisante et de qualité sécurisée qui attendent les malades et non les malades qui doivent attendre les poches de sang.

 

Interview réalisée par Akouavi G. DAGONA (Stagiaire)

 

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