Le Conseil national des patrons de presse (CONAPP) vient de sortir de son Assemblée générale élective le samedi 27 juin 2020, assemblée au cours de laquelle le président sortant Tchagnao Arimiyao, directeur de publication de l’hebdomadaire Nouvelle Opinion a été reconduit à l’unanimité à la tête de l’organisation pour un nouveau mandat de deux(2) ans. Dans cette interview, le président nous dresse le bilan de son mandat passé et les défis du nouveau.Bonne lecture.

KAMGOU : Comment se porte la presse togolaise en général en cette période de pandémie de la Covid-19 ?

Tchagnao Arimiyao: Disons que la presse togolaise est très active en cette période covid 19. Tout comme les médecins, les journalistes sont au premier front de la lutte contre cette pandémie qui sévit depuis quelques mois dans le monde. La presse est le canal le plus utilisé par les gouvernants pour sensibiliser les populations, la presse togolaise accomplit sa mission dans ce sens avec plus de responsabilités. Mais elle est percutée par la Covid 19, et donc fragilisée économiquement. C’est pourquoi nous saluons les bouées de sauvetage que nous envoient l’Etat, l’Union européenne, la France, des organisations de la société civile et quelques initiatives privées. Cependant, il faut l’avouer, la presse a besoin, de plus de soutien pour être plus efficace dans cette bataille contre la Covid 19.

Vous venez d’être reconduit à la tête du CONAPP pour un deuxième mandat. Dressez-nous un bilan du premier mandat.

Le bilan du premier mandat a été jugé élogieux par les membres de notre organisation. Entre autres réalisations à notre actif, nous avons largement contribué à renforcer la réputation et la crédibilité du Conapp. La professionnalisation de la presse togolaise a été l’une de nos préoccupations majeures.

Nous avons contribué à la mise en route, grâce à un partenariat multipartite avec le gouvernement et l’ambassade de France, de l’ambitieux projet de formation et d’appui au secteur de l’audiovisuel et des médias (PROFAMED-Togo). Grâce à ce projet, une soixantaine de journalistes préparent actuellement une licence en journalisme à l’Institut des sciences de l’information, de la communication et des arts (Isica), plus d’une centaine en formation continue dans des domaines spécifiques du métier, sous l’égide de CFI, au Centre de formation et de renforcement des capacités (CFRC).

Outre PROFAMED, le Conapp a réussi le pari du renforcement de capacités en initiant une série d’ateliers de formations sur des thématiques intéressant les journalistes. Entre autres peut-on citer la formation sur les violences faites aux filles avec l’appui de Plan International, la formation conjointe avec les forces de l’ordre et de sécurité, la formation sur le journalisme post-crise, la formation sur une meilleure couverture des élections (législative, municipale et présidentielle).

Le Conapp a innové en délocalisant les Journées Portes Ouvertes de la Presse dans certaines villes de l’intérieur du pays, notamment Sokodé en 2018 et Kara en 2020. Le Conapp, avec le soutien de la CEET, a initié une grande campagne nationale de vulgarisation du Plan National de Développement (PND) couvrant toute l’étendue du territoire, afin de permettre à ses membres de s’approprier ce plan ambitieux du gouvernement togolais.

Le combat pour l’augmentation conséquente de l’aide de l’Etat à la presse reste toujours une symphonie inachevée. Toutefois, le Conapp a remporté une première bataille en obtenant des autorités compétentes une légère hausse qui fixe la subvention dorénavant à 150 millions dès 2021. L’autre succès du Conapp reste le réaménagement du calendrier de déblocage de l’aide. Dès l’an prochain, l’aide de l’Etat sera désormais disponible au premier trimestre de l’année au lieu de septembre comme jusqu’ici de coutume.

Au registre de la solidarité, nous avons manifesté de diverses manières notre soutien à plusieurs confrères qui se sont retrouvés, par revers de fortune, dans des situations difficiles ou désastreuses. Conscient de la précarité qui sévit dans notre corporation et qui plonge le journaliste dans une impasse en cas d’ennuis de santé, le Conapp a enclenché un processus, incluant d’autres organisations de presse, devant aboutir à l’assurance Inam. Ce chantier sera poursuivi en ce nouveau mandat et nous comptons faire le maximum pour rendre effective l’assurance maladie pour les journalistes.

Notre nouveau mandat doit ouvrir une nouvelle page de l’histoire du Conapp. Et c’est ensemble que nous pouvons écrire cette histoire.

Quels sont les nouveaux chantiers et les priorités auxquels va s’attaquer le nouveau bureau ?

Les défis à relever pour l’indépendance économique de la presse sont immenses, or le vent des réformes nous impose l’émergence de véritables sociétés de presse. Notre mission est grande donc. Une certitude, nous pouvons réussir, même avec brio, si nous cultivons notre sens de solidarité et faisons vibrer notre fibre de confraternité. Mon nouveau programme pour une presse professionnelle et crédible s’articulent autour de dix points: le renforcement de la confraternité; la professionnalisation continue; la protection sociale; la convention collective ; une imprimerie Conapp; la messagerie ; le renforcement du lobbying pour une hausse conséquente de l’aide de l’Etat à la presse; le positionnement international du Conapp ; le renforcement de la solidarité et la promotion de la liberté de presse.

En ce qui concerne la protection sociale, vous savez que la fragilité économique de la presse expose le plus souvent les journalistes aux difficultés à se faire soigner en cas de maladie. Soit avec l’Inam ou avec d’autres structures d’assurance du privé, nous nous engageons à mener des actions significatives pour l’effectivité de l’assurance maladie des journalistes. Seront mis également en place une mutuelle du Conapp et un système de retraite pour patrons de presse.

Parlant d’imprimerie Conapp, cette action permettra une réduction considérable des coûts de production des journaux. L’initiative vise aussi à promouvoir la régularité des parutions des organes de la presse écrite des membres du Conapp en vue de leur faciliter l’éligibilité aux subventions de l’Etat.

Le projet de la messagerie nous tient à cœur. Nous travaillerons à la mise en place d’un service de messagerie pour assurer avec efficacité la distribution des journaux sur toute l’étendue du territoire, dans le souci de renforcer l’économie des médias en vue d’accroître les revenus des patrons de presse. Pour l’aide de l’Etat à la presse, l’Etat a déjà montré sa bonne volonté de mieux faire, nous allons renforcer le lobbying pour aboutir effectivement à une hausse conséquente qui prend en compte les exigences de la professionnalisation de la presse. Notre travail consistera également à exhorter le gouvernement à prendre en compte, en ce qui concerne l’aide de l’Etat, les nouveaux médias.

Les femmes sont peu représentées dans la presse écrite, une stratégie au niveau du nouveau bureau pour les motiver à s’y intéresser ?

C’est un des défis que nous comptons relever. Nous avons commencé par y travailler depuis notre premier mandat, la place de la femme dans la presse est incontournable. On ne peut pas faire la presse sans la femme, parce que la presse est le pouvoir qui promeut le plus le leadership féminin et la représentation de la femme dans les sphères de décision. Il faut que dans la presse, la femme soit le porte flambeau des revendications qui touchent son intérêt, c’est pourquoi nous allons œuvrer pour davantage mettre en valeur les femmes déjà engagées dans la presse tout en offrant des opportunités aux autres pour une entrée massive dans la corporation.

L’un des défis majeurs de la presse togolaise est l’unité. Que pensez-vous faire exactement pour unir la presse togolaise?

Au cours de notre premier mandat, nous avons mis un point d’honneur à actionner la dynamique de l’unité et de la cohésion de la presse togolaise. Cela s’est démontré dans plusieurs cas, parce que nous sommes conscients que si nous n’agissons pas ensemble pour défendre nos intérêts, en mettant de côté nos divergences, notre cause sera moins entendue, et nous n’aurons pas de facilité pour atteindre nos objectifs. En ce nouveau mandat, nous comptons faire davantage pour réunir les différentes organisations de la presse dans le même creuset, du moins sur le plan idéologique. S’il s’agit de l’intérêt de la presse, rien ne doit nous diviser.

Vous avez pris une initiative pour une grille tarifaire harmonisée pour la presse togolaise lors des JPO à Kara. Quelle est la suite des démarches entreprises?

Cette grille tarifaire harmonisée est, avant tout, la preuve que la presse togolaise, dans toute sa diversité, peut transcender les clivages et mener à bien un projet qui engage des intérêts communs. La grille a fait objet de consensus avec les autres organisations patronales. Nous avons, à propos, échangé avec les différentes institutions, sociétés publiques, para publiques et privées. Les conditions étaient réunies pour que la grille entre en vigueur dès le 1er avril 2020, mais la crise sanitaire du moment a tout chamboulé. Un comité de suivi sera mis sur pied pour le lancement au moment opportun.

Croyez-vous en un meilleur futur de la presse togolaise en général ?

Je suis bien connu pour être un homme optimiste. Les signaux sont au vert pour un futur meilleur de la presse. D’abord sur le plan de la liberté de la presse, ces deux dernières années, le Togo a gagné 5 places dans le dernier classement mondial de la Liberté de la Presse et se hisse, d’après le rapport 2020 de Reporters Sans Frontières, à la 71è place. L’indépendance économique de la presse et sa professionnalisation à travers les formations continues et initiales restent les autres défis à relever. L’Etat a déjà montré sa bonne volonté, il nous revient de nous montrer solidaires et unis pour pousser l’Etat à mieux faire, sans perdre de vue que la mission qui est nôtre, nous devons faire l’effort de l’accomplir avec plus de responsabilités.

Votre mot de la fin

Je voudrais témoigner toute ma gratitude pour tous ceux qui m’ont apporté leurs soutiens multiformes pour le succès de mon premier mandat. Je voudrais bien compter encore sur eux et sur toutes les bonnes volontés pour nous accompagner dans notre nouveau mandat, car le train de l’épanouissement du journaliste togolais et de la professionnalisation de la presse est encore sur les rails. Nous avons l’obligation de le faire avancer, ensemble. Je voudrais rappeler que le facteur déclencheur de tous les soutiens à la presse reste notre professionnalisme, nous avons le devoir de promouvoir, à travers écrits, émissions et débats, un journalisme qui vise la construction d’un État de droit, la bonne gouvernance et la promotion des libertés fondamentales. J’en appelle une fois encore à l’unité et à la cohésion. Rangeons les armes de la division nourrie par des conflits d’intérêt et de leadership, et travaillons d’arrache-pied pour défendre les intérêts de toute la corporation.

Interview réalisée par Estelle KOUDJONOU

Laisser un commentaire