Le Togo accueille du 9 au 11 octobre 2019, le sixième congrès de la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle (FICDC). A quelques jours de l’évènement, Kamgou est allé aux nouvelles pour savoir beaucoup plus sur l’organisation et la plus-value de cette dernière pour le pays. C’est à travers une interview que nous livre M. Kodjo Cyriaque Noussouglo, expert de la diversité et du patrimoine culturel, Président de la coalition togolaise pour la diversité culturelle (CTDC) et du festival Filbleu, vice-président de la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle (FICDC) dont le siège est à Montréal. Il est par ailleurs Secrétaire Général de la Commission nationale de la Francophonie (CNF) et fut directeur des arts et de la culture pour la région Lomé-commune d’août 2008 à janvier 2014,  et de la préfecture du Golfe de janvier 2014 à août 2019 et coordonnateur national des centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) au ministère de la culture. Lisez plutôt.

KAMGOU : Le sixième congrès de la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle (FICDC), c’est dans quelques jours à Lomé. De quoi s’agit-il concrètement et quels sont ses objectifs ?

Kodjo Cyriaque Noussouglo: Fondée en 2007 à Séville en Espagne, la FICDC regroupe des coalitions et des organisations d’une trentaine de pays, sur tous les continents, qui se sont mobilisées pour la ratification de leur pays et/ou la mise en œuvre de la Convention de l’UNESCO pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de 2005.

Il s’agit de deux événements en un. En effet, le 6e Congrès de la FICDC à Lomé auquel vont assister une soixantaine de participants dont une quarantaine vient de tous les continents, se décomposera en une conférence panafricaine sur le thème : « Perspectives panafricaines pour des politiques qui protègent et promeuvent la diversité des expressions culturelles » (les 9 et 10 octobre) et, le 11 octobre, une assemblée générale de la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle (FICDC) qui va renouveler ses organes dirigeants, notamment les membres du Conseil d’Administration et poser de nouveaux jalons pour l’avenir.

Ce congrès permettra :

  • D’offrir aux parties prenantes africaines dans le domaine culturel, un forum d’analyse, de prospective, de dialogue et de propositions pour l’élaboration et surtout, la mise en œuvre des politiques culturelles ;
  • Aux participants d’en savoir plus sur la Convention de 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, sur le rôle des principales organisations actives, comme l’UNESCO et l’Organisation internationale de la francophonie, sur les enjeux actuels pour la mise en œuvre de la Convention, ainsi que sur certaines innovations émanant de la société civile ;
  • D’accroître la participation de la société civile africaine à la mise en œuvre de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ;
  • De favoriser la participation de la société civile africaine à la FICDC, contribuant ainsi à une meilleure prise en compte de la réalité plurielle de la diversité des expressions culturelles à l’échelle mondiale, ainsi qu’à une meilleure représentativité de la FICDC ;
  • De renouveler le conseil d’administration de la FICDC et d’établir les grandes orientations triennales de l’organisation.

Quelles en sont les retombées pour le Togo ? 

Les retombées sont d’abord en termes de prestige et d’image. Il s’agit d’un événement regroupant des délégués provenant de plusieurs pays de la planète dont certains seront à leur première visite dans notre pays. Nous avons le défi de montrer à tous nos hôtes le meilleur visage de notre pays. Les retombées sont également économiques. Un tel sommet mobilise des ressources et engendre des dépenses au bénéfice du tourisme, des voyagistes, des hôteliers et prestataires de service. En outre, les retombées sont culturelles. L’enjeu pour nous, est de mettre au profit de notre pays, toute la diversité des cultures qui seront présentes à travers les différentes délégations, puis de mettre à la disposition de celles-ci, la splendeur de la diversité de notre pays. Mais également de renforcer les capacités d’une soixantaine de participants, dont une vingtaine vient du Togo, sur les enjeux de la diversité culturelle aujourd’hui et ce qui se fait au niveau mondial et africain sur la question. Pour finir, les retombées sont également politiques puisque l’objet du congrès est d’évaluer la mise en œuvre des politiques culturelles en faveur de la préservation et de la promotion de la diversité des expressions culturelles. C’est ainsi que des organisations internationales comme l’OIF, l’UA, la CEDEAO, l’UEMOA…. seront présentes.

En marge de cet évènement, il est prévu une soirée dénommée « Soirée des diversités culturelles Miawezonlooo » sur laquelle sont annoncés des artistes internationaux et locaux certes. Mais force est de constater que les premiers sont toujours mis en avant sur les prestations et payés à coût élevé au détriment des derniers. Le Togo manque-t-il d’artistes locaux de carrure pour tenir seul ce genre d’événements ?

Si l’habitude en général de traiter de façon inégale les artistes étrangers et nationaux, nous, que ce soit à la coalition togolaise pour la diversité culturelle ou au Festival Filbleu, nous n’agissons pas de la sorte. Par exemple en 2012, les deux associations ont organisé un événement resté inédit : « Tasso, le Grand Prix d’expressions culturelles ». Les Ambassadeurs de vie, une troupe théâtrale d’Atakpamé composée de jeunes, a été lauréate du premier prix d’un million de francs. Le Togo ne manque pas d’artistes de grande renommée. Bien au contraire ! Vous ne voulez pas dire que Yawo Attivor n’est pas un artiste renommé ou que c’est Laurence Montcho qui ne l’est pas ? Marcel Djondo, comédien-conteur, écume le monde grâce à ses talents et créations. Je me souviens qu’en 2008, lors du XIIè Sommet de la Francophonie à Québec auquel j’avais eu la chance de participer, à un moment de la nuit, suite au décalage horaire, j’avais perdu le sommeil : j’avais eu droit à la surprise de ma vie en allumant Radio Canada international ! Une heure d’émission portait sur Yawo Attivor et sa musique ! Si nous avions eu des moyens, vous croyez que nous pourrions inviter King Mensah ou les TooFan sans débourser au minimum 2à3 millions de francs CFA ? C’est vous dire que nous qui nous battons pour la préservation, la valorisation et la diffusion des expressions culturelles du Togo et du monde ne saurions être contradictoires avec nous-mêmes.

En septembre 2006, lorsque la CTDC a accueilli à Lomé, les 2èmes Rencontres des Coalitions et  Organisations Professionnelles de la culture des pays membres de la Francophonie, tous les artistes qui avaient animé la soirée de bienvenue étaient des nationaux : Béno Sanvee, Sylvanus Mehoun, Gaëtan Noussouglo et bien d’autres. Maintenant que le Togo reçoit près d’une cinquantaine de délégués venant de tous les continents, nous avons décidé de leur présenter plusieurs facettes des expressions culturelles du Bénin et du Togo. Des gens sont surpris en voyant Poly Rythmo, un ensemble artistique renommé qui a plus de 40ans d’existence sur l’affiche et nous ont demandés si nous avions les moyens d’accueillir un tel groupe ! Et c’est là que c’est intéressant. Vous croyez que les Béninois sont des étrangers au Togo alors que nous partageons les mêmes cultures et le même espace communautaire ? Nos collègues de la coalition béninoise pour la diversité culturelle (CBDC), il y a deux semaines, nous ont rendus visite à Lomé pour aider à la préparation de cette importante rencontre internationale. Ils n’entendent pas rester en marge de ce que nous faisons. Tous les contrats des artistes, nationaux comme étrangers, honorent de plus près les propositions financières de chacun d’eux, sans discrimination aucune. Surtout que nous, nous célébrons les diversités et ne faisons pas de commerce ni de profit.

Quels sont les mécanismes de promotion de la culture togolaise à l’extérieur à travers cette fédération ?

Notre fédération a pour but la défense et la promotion de toutes les cultures. Elle repose sur ses antennes locales et chacune d’entre elles se donnent les moyens pour atteindre les objectifs généraux et spécifiques assignés. C’est un combat de tous les jours, c’est un travail de leadership, de mobilisation de ressources, de réseautage qui ne connaît pas de repos.

Les Tatas tambermas ou batammaribas, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO sont en état de délabrement, a-t-on appris. Est-ce l’occasion peut-être de lancer un SOS ?

Nous n’avons pas la prétention de faire le travail de l’Etat et du ministère de la culture à sa place. Cela dit, notre rencontre porte sur les moyens de redynamiser les politiques en faveur de la préservation et de la promotion des expressions culturelles sur la base des engagements pris par nos pays. Le Togo a été le 3è pays africain et le 9è au monde à ratifier la Convention de 2005 le 5 septembre 2006, quelques mois seulement après l’adoption par l’Assemblée Générale de l’UNESCO de ce précieux instrument de protection juridique internationale des cultures. Nous nous rassemblons à Lomé pour rappeler à tous les Etats, notamment africains, d’honorer leurs engagements. En cela, ce n’est pas seulement pour les tatas que nous nous rassemblons, mais pour toutes les expressions culturelles en péril ou en difficulté. Croyez-moi : nous avons besoin, au même titre que les pays européens ou américains, d’exporter nos arts, nos savoir-faire traditionnels ; nos musiques doivent être revisitées et enseignées dans nos conservatoires pour être consommées au niveau local et exportées à travers le monde. Regardez l’excellent travail que fait Peter Solo (Viwanu Déboutoh à l’état civil) et son groupe Vaudou Game. A ce propos, l’écrivain togolais Kangni Alem affirme que « Peter Solo a cessé d’être un artiste togolais ; il est à présent un artiste tout court. »Et c’est ce que nous voulons pour tous les professionnels des arts et de la culture de nos pays, qu’ils deviennent des patrimoines de l’humanité, des Trésors Humains Vivants !

Quelles sont les relations entre votre fédération et le gouvernement ?

D’abord, notre fédération bénéficie du financement du gouvernement canadien (au plan fédéral tout comme au niveau du Québec), de celui de l’OIF qui regroupe nos pays et bien d’autres et aussi des coalitions qui la composent. Naturellement, le gouvernement togolais à travers les ministères de la culture, du tourisme et des loisirs, celui chargé des affaires étrangères et aussi le ministère de la sécurité nous aident pour que cette rencontre soit un franc succès.

Que pensez-vous de la culture togolaise en général aujourd’hui ?

La culture togolaise est des plus dynamiques. Nous avons des artistes, des comédiens, des cinéastes, des écrivains des plus côtés au monde et un patrimoine culturel des plus riches. C’est pour moi un réel motif de satisfaction. Il reste à renforcer, au niveau de l’Etat et des privés, des efforts et des moyens afin de créer dans notre pays de vraies industries culturelles. Il faut aussi des équipements culturels : des médiathèques et partout des bibliothèques, de vraies salles de spectacle et de production, des financements et des accompagnements techniques afin que notre culture se porte mieux encore.

Votre mot de la fin

Le gouvernement a élaboré une politique culturelle et des politiques sectorielles, sur le patrimoine culturel, le livre et l’édition, le cinéma et l’image animée, etc. C’est un effort qui est permanent et exigeant en termes de ressources. Tous les acteurs impliqués (publics et privés) jouent leur partition. C’est le moment de les féliciter et de les encourager à faire davantage.

Je vous remercie

Interview réalisée par Estelle KOUDJONOU.

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