« Le boycott nous a été imposé par les circonstances car nous n’avons pas manifesté durant plus d’une année pour finalement décider de ne pas aller aux élections …»dixit Me Paul Dodji APEVON.

C’est en ces termes que le Président des F.D.R. revient sur la non-participation de la C14 aux législatives du 20 décembre dernier. Il nous expose également dans cette interview les perspectives de la coalition, la position du MCD de Me Tchassona- Traoré par rapport à la C14.Lisez plutôt.

 KAMGOU : Bonjour Maitre !

Paul Dodji Apévon: Bonjour

KAMGOU: Présentez-vous à nos lecteurs !

Paul Dodji Apévon: Paul Dodji Apévon, Avocat au Barreau de Lomé, Président National du parti politique Forces Démocratiques pour la République (F.D.R.), membre de la C14, la coalition des 14 partis de l’opposition.

KAMGOU: Comment se porte la C14 aujourd’hui et plus précisément vous après les législatives du 20 décembre 2018 auxquelles vous n’aviez pas participé ?

 Après les soubresauts de l’année qui vient de s’achever, je voudrais d’abord rendre grâce à Dieu le Tout-Puissant pour nous avoir épargné du pire parce que l’esprit du mal avait plané et continue de planer sur notre pays avec des desseins machiavéliques. Nous lui demandons encore de protéger durant l’année qui vient de commencer tous les Togolais où qu’ils se trouvent et quel que soit leur bord politique et de faire descendre sur chacun de nous son esprit d’amour, de pardon, de tolérance et surtout du bien.

Nous réitérons nos compassions à tous ceux qui ont été blessés ou ont subi un quelconque dommage au cours de nos manifestations et nos condoléances aux familles endeuillées.

Les F.D.R. et la C14 se porteraient mieux aujourd’hui si nos revendications pour les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales avaient abouti pour nous permettre de participer aux élections législatives sur lesquelles elles devraient déboucher.

Néanmoins,  nous restons sereins et au regard de ce que nous entendons et voyons, c’est avec beaucoup d’optimisme et d’espérance que nous nous projetons dans l’année  nouvelle

KAMGOU: Pas de regret par rapport au boycott ?

Paul Dodji Apévon: Le boycott nous a été imposé par les circonstances car nous n’avons pas manifesté durant plus d’une année pour finalement décider de ne pas aller aux élections. Notre ambition était de gagner les élections législatives pour aborder plus sereinement l’élection présidentielle de 2020. Malheureusement, le pouvoir en place, comme il en a coutume, a utilisé toutes sortes de manœuvres pour organiser seul et dans l’opacité totale les élections. Nous n’avons eu d’autres choix que d’appeler au boycott de ces élections.

Nous avons été très heureux de constater que les populations togolaises ont massivement répondu à ce mot d’ordre de boycott en boudant les urnes dans une large proportion ou en allant voter consciemment le bulletin nul, ce qui montre que les Togolais, qu’ils soient civils ou militaires, sont fatigués de ce régime.

KAMGOU: Vous avez appelé certes les populations à boycotter ces élections mais ne pensez-vous pas que le communiqué du gouvernement lié à l’interdiction de la circulation interurbaine a beaucoup plus conduit les populations à rester chez elles que votre appel ?

Paul Dodji Apévon : Le déploiement impressionnant des armes de guerre le jour du vote et le communiqué du gouvernement interdisant la circulation interurbaine ont certes créé un malaise au sein des populations. Mais le rejet massif de ce coup de force par les populations est plutôt un acte délibéré sinon on aurait connu une affluence dans l’après-midi lorsque la circulation a repris. Ce rejet s’est exprimé surtout par le bulletin nul voté par ceux qui ont été obligés pour une raison quelconque d’aller voter.

KAMGOU: Me Dodji APEVON, le boycott des législatives de 1999 par l’opposition avait conduit à la modification unilatérale de la constitution en 2002, aujourd’hui la même situation ne risque-t-elle pas de se répéter ? Puisque le pouvoir a encore la majorité à l’Assemblée et vous n’y êtes pas.

Paul Dodji Apévon: Ce n’est parce que un boycott des législatives a entraîné la situation désagréable de modification unilatérale de la Constitution de 1992 par le régime RPT que nous sommes contraints d’aller à des élections même si les conditions minimales de transparence et d’équité ne sont pas réunies.

Nous entendons souvent dire qu’en démocratie il faut laisser le peuple s’exprimer, ce qui veut dire clairement qu’il faut participer aux élections quelles que soient les conditions d’organisation. Mais nous n’acceptons plus de servir de faire valoir à une démocratie de façade, à une démocratie de verni, organisée pour légitimer un pouvoir décrié par les populations. Pour être crédible, une élection doit donner une chance égale à tous ceux qui y participent. Or chez nous, le régime RPT/UNIR cherche toujours à vaincre sans péril en ayant tous les moyens d’Etat à sa disposition (finances, administration, armée), toutes les institutions à sa botte et aussi tous les textes électoraux taillés sur mesure en sa faveur.

Il y a des situations où ne pas participer à une élection est préférable. C’est le cas de ce qu’on vient de vivre et tous les Togolais voulant le changement sont en phase avec nous.

En effet, comment pouvons-nous accepter de nous associer à cette mascarade au moment où les réformes ne sont pas faites, comment pouvons-nous participer à des élections pour lesquelles l’opération de recensement pour l’établissement du fichier électoral a été conduite de manière d’ailleurs frauduleuse par le seul parti au pouvoir, comment pouvons-nous prendre le risque d’aller à ces élections lorsque le régime a longtemps manœuvré pour écarter notre présence dans la CENI et dans ses démembrements que sont les CELI ? Ces élections étaient de la pure supercherie et nous avons bien fait de ne pas nous y associer.

D’ailleurs, le monde entier a vu à l’annonce des résultats préfabriqués qu’il s’agit plutôt d’arrangements éhontés entre des gens du même bord et au lieu d’élections, on a assisté à des distributions de sièges de députés.

KAMGOU: Est-ce que l’opposition togolaise n’est pas en manque de stratégie pour vraiment parvenir à l’alternance ou comment est-ce que vous expliquez ces situations puisque l’alternance selon les lois en vigueur doit passer par les urnes et par ricochet par l’Assemblée Nationale.

Paul Dodji Apévon: La démocratie est exigeante et ne fait pas ménage avec la dictature. Au Togo, alors que les tenants du régime au pouvoir sont de purs dictateurs et le prouvent chaque jour par leurs comportements, on demande à l’opposition de jouer aux dociles en s’abstenant d’utiliser la seule arme de pression dont elle dispose pour créer les conditions d’une vraie démocratie : la contestation populaire.

En dehors de notre appel à la remobilisation dans le cadre du mouvement citoyen pour exiger les réformes devant conduire à de vraies élections, libres et transparentes dans notre pays, nous trouverons certainement la meilleure stratégie pour créer les conditions de l’alternance tant recherchée par nos compatriotes.

KAMGOU: Tout porte à croire qu’après plus d’un an de lutte au niveau de la C14 et une vingtaine d’années de lutte pour l’opposition togolaise, rien n’est gagné jusqu’alors.

Paul Dodji Apévon: C’est vous qui le dites. Lorsqu’on est en face d’une dictature vieille de plus de 50 ans qui utilise la violence sous toutes ses formes pour se maintenir au pouvoir, le seul fait de trouver un peuple debout, prêt à tous les sacrifices pour résister à cette minorité oligarchique est déjà une victoire. Ce peuple déterminé, seul détenteur de la souveraineté nationale, trouvera tôt ou tard les moyens de sa libération.

KAMGOU: Vous avez reporté la manifestation du 12 Janvier 2019 au 26 janvier Pourquoi? A quoi vont consister ces manifestations et pensez-vous que cette manifestation va sonner le glas du régime UNIR pour que vienne l’alternance au Togo ?

Paul Dodji Apévon: La lutte contre une dictature est permanente. Elle ne peut s’arrêter que lorsque le peuple trouve ce qu’il cherche. Les manifestations futures se situent dans la droite ligne de ce que nous avons déjà commencé pour un changement de régime au Togo et le report c’est pour avoir une manifestation à caractère national.

KAMGOU: Qu’est-ce que vous demandez exactement aujourd’hui à la population togolaise ?

Paul Dodji Apévon: Comme toujours, nous appelons le peuple togolais, dans toutes ses composantes, à se réveiller et à prendre son destin en main car c’est lui seul qui est le détenteur de la souveraineté et aucune minorité, aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

KAMGOU: Il y a déjà beaucoup de morts même des innocents qui sont partis dans cette lutte là mais la fumée blanche ne semble pas sortir. Tous ces morts pour rien ? Les populations ne perdent- elles  pas confiance et espoir en votre lutte ? La diaspora l’a souligné il y a quelques jours.

Paul Dodji Apévon: Dans une lutte comme la nôtre, il y a toujours malheureusement des pertes en vies humaines, ce que nous déplorons vivement. Mais pour que ceux qui sont tombés ne soient pas morts pour rien, nous devons trouver les ressorts nécessaires pour conclure la lutte. C’est pour cette raison que les discours de démobilisation ne m’intéressent pas.

D’ailleurs, un petit sondage au sein de la population vous montrera qu’après la mascarade électorale du 20 Décembre 2018, nos compatriotes sont plus déterminés que jamais. Le mouvement citoyen que nous avons lancé et qui va bientôt prendre forme va mieux canaliser encore leur détermination.

KAMGOU: Pendant que vous étiez encore à l’Assemblée Nationale il y a eu peu de propositions de  projets de lois dans l’intérêt  de la population ou même quasiment pas, la lutte c’est pour le Togo ou pour des personnes ?

Paul Dodji Apévon: C’est absolument faux d’alléguer que l’opposition n’a fait aucune proposition de loi durant la législature qui vient de s’achever.

KAMGOU: Donnez-nous quelques exemples de propositions de projets de lois émanant de la C14 ?

Paul Dodji Apévon: Je voudrais d’abord faire observer que la C14 est née seulement vers la fin de l’année 2017 et que même si elle a en son sein des partis parlementaires, ce n’est pas l’entité C14 qui est à l’Assemblée Nationale.

Durant la législature qui s’est achevée, elle a déposé des propositions de loi qui n’ont pas été étudiées. A titre d’illustration, je peux citer, en dehors de celles relatives aux réformes constitutionnelles, la proposition de loi sur la délivrance de carte d’identité à tous les Togolais, la proposition de loi relative à la déclaration du patrimoine telle que prévue par la Constitution.

KAMGOU: Est-ce qu’aujourd’hui le passé de l’opposition ne rattrape pas la C14 ? Si on se rappelle bien, en 2014, il y avait un projet de loi de la part du gouvernement qui limitait le mandat présidentiel à 2 renouvelable une seule fois que l’opposition a également  boycotté à l’époque en invoquant  la rétroactivité de la loi, si c’était fait est ce que UNIR ne sera pas à la fin de son règne en 2020?

Paul Dodji Apévon: En 2014 l’opposition n’a pas boycotté comme vous le dites les séances consacrées à l’étude et au vote de la loi sur les réformes constitutionnelles. Bien au contraire, elle a voté pour le projet envoyé par le Gouvernement et c’est plutôt la majorité qui a curieusement voté contre.

KAMGOU: Qu’est ce qui s’est passé réellement puisque le projet émane du gouvernement ?

Paul Dodji Apévon: Comme je vous le disais plus haut, l’opposition a accepté de voter en l’état le projet envoyé par le Gouvernement. Mais c’est la majorité qui a cherché à y insérer une disposition transitoire permettant au président en exercice, qui était au terme de son deuxième mandat, d’être encore candidat en 2015. L’opposition ayant rejeté cet amendement, la majorité a décidé de voter contre le projet envoyé par son propre Gouvernement.

KAMGOU: Quelle est la position de la C14 aujourd’hui par rapport aux élections locales qui vont bientôt se dérouler : participation ou boycott ?

Paul Dodji Apévon: Quand elle prendra une décision sur le sujet, l’opinion publique nationale et internationale en sera informée.

KAMGOU: Doit-on s’attendre à des manifestations tout au long de l’année 2019 jusqu’à ce que l’alternance ne vienne ou quelles sont les couleurs de 2019 pour la C14?

Paul Dodji Apévon: C’est la structure qui sera mise en place dans le cadre du mouvement citoyen que nous avons lancé qui fera le chronogramme des activités de l’année 2019.

KAMGOU:   Etes-vous prêts à rediscuter avec le pouvoir aujourd’hui?

Paul Dodji Apévon: Tout dépendra des circonstances mais à priori, un politique ne peut jamais fermer la porte au dialogue.

KAMGOU: Un avenir radieux pour le Togo Maitre APEVON ?

Paul Dodji Apévon: Je le souhaite vivement de tout mon cœur et je suis convaincu que ce souhait, qui est celui de tous nos compatriotes, sera bientôt exaucé.

KAMGOU: Doit-on dire désormais la C13 ou toujours la C14 ?

Paul Dodji Apévon: Nous avons créé une coalition dénommée C14. Elle reste et restera C14.

La Rédaction

 

 

 

 

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