L’ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe, alias “Comrade Bob”, s’est éteint comme l’indique le compte du Président Emerson Mnangagwa dans la nuit du jeudi 05 au vendredi 6 septembre 2019 à l’âge de 95 ans. Flash-back sur ses 37 ans au pouvoir.

Il fut l’un des « pères de l’indépendance » du Zimbabwe mais a été évincé en novembre 2017 par ses propres forces armées suite à un ras le bol des populations et à une crise économique généralisée qui l’a pointé comme responsable de la déchéance économique du pays.
Né en 1924 dans une famille pauvre de ce qui était encore la Rhodésie du Sud, Robert Mugabe a eu une enfance plutôt solitaire, entouré de ses livres. Devenu instituteur, il part étudier en Afrique du Sud. C’est là qu’il s’initie au marxisme avec des membres de l’ANC (Congrès national africain), le parti anti-apartheid de Nelson Mandela.
De retour dans son pays dans les années 1960, il milite aux côtés du parti de l’Union national du Zimbabwe (ZANU) contre le régime blanc et raciste de Lan Smith, Premier ministre du pays du 13 avril 1964 au 1er juin 1979. L’homme qui dirige le pays après en avoir unilatéralement proclamé l’indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni refuse de remettre le pouvoir à la population noire. Un activisme que Robert Mugabe paie chèrement. En 1965, il est jeté en prison. Il y restera 10 ans. Du fond de sa geôle, un événement traumatisant va accroître son hostilité à l’égard des colons : en 1966, il perd son fils de 3 ans mais se voit refuser une sortie exceptionnelle pour se rendre à ses funérailles.
À sa sortie, en 1973, il se réfugie au Mozambique, pays depuis lequel il continue à consolider son influence sur le ZANU. Il prend la tête de la Zanla, la branche militaire du ZANU, et y continue la guérilla contre le gouvernement de Lan Smith. En 1980, après les accords de Lancaster, qui conduiront à l’indépendance de la Rhodésie, “Comrade Bob”, qui n’a rien perdu de sa foi marxiste, devient Premier ministre. Il accède au statut de héros national.
Dès son arrivée au pouvoir, sa politique de réconciliation, au nom de l’unité du pays, lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères. Il offre des postes ministériels clés à des Blancs et autorise même l’ancien Premier ministre du pays du 13 avril 1964 au 1er juin 1979, Lan Smith, à rester au pays.
Robert Mugabe, avec tous ses diplômes, apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant : construction d’écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire.
Dès 1982, il envoie l’armée dans la province « dissidente » du Matabeleland dans le sud-ouest, terre des Ndebeles et de son ancien allié pendant la guerre, Joshua Nkomo. La répression, brutale, fait environ 20.000 morts. Mais il ne fut inquiété par qui que ce soit. C’est donc au début des années 2000 que ses abus contre l’opposition, des fraudes électorales et surtout sa violente réforme agraire vont commencer par inquiéter l’opinion. Une réforme qui précipite l’effondrement d’une économie déjà déficitaire. Les liquidités manquent et 90% des Zimbabwéens sont au chômage.
Affaibli politiquement, déstabilisé par ses compagnons d’armes de la guerre d’indépendance, Robert Mugabe décide de leur donner du grain à moudre en les lâchant contre les fermiers blancs, qui détiennent toujours l’essentiel des terres du pays.
Dans les dernières années de sa vie, il balaie les spéculations sur son état de santé. La rumeur le dit atteint d’un cancer, son entourage explique ses fréquents séjours à Singapour par le traitement d’une cataracte.
« Mes 89 ans ne signifient rien. Est-ce qu’ils m’ont changé ? Ils ne m’ont pas flétri, ni rendu sénile, non. J’ai encore des idées, des idées qui doivent être acceptées par mon peuple » a-t-il déclaré en 2013 juste avant sa énième réélection.
Mais sa santé se dégradait de jour en jour même s’il avait promis fêter ses 100 ans au pouvoir. Pendant son règne de trente-sept ans (1980 à 2017) à la tête du Zimbabwe jusqu’à sa chute en 2017, Robert Mugabe est passé du statut de héros de l’indépendance à celui de tyran qui a provoqué l’effondrement économique de son pays.
C’est donc dans la nuit du jeudi 05 au vendredi 06 septembre 2019 que son successeur Emerson Mnangagwa a annoncé sur son compte twitter le décès du « petit homme à la fine moustache et aux épaisses lunettes », Robert Mugabe.
« C’est avec la plus grande tristesse que j’annonce le décès du père fondateur du Zimbabwe et de l’ancien président, le commandant Robert Mugabe. Il était une icône de la libération, un panafricain qui a dédié sa vie à l’émancipation (…) de son peuple. Sa contribution à l’histoire de notre nation et de notre continent ne sera jamais oubliée. Que son âme repose en paix » a déclaré Emerson Mnangagwa.

Timothée D. KATALE (Stagiaire)

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