Il est l’un des meilleurs dans son domaine au Togo et ne ménage aucun effort pour la promotion des valeurs culturelles. Il vient de rouvrir son restaurant « Château Tamberma » après une fermeture temporaire. Il, c’est Frédéric Gakpara alias « Professeur Gakprrrrr », auteur, artiste chanteur, humoriste, ingénieur culturel, Président Directeur Exécutif de l’association Denyigba Culture. Dans cet entretien, il nous parle du restaurant « Château Tamberma », ses activités culturelles et donne également son point de vue sur le mois du consommer local au Togo. Lisez plutôt.

 KAMGOU :  Qu’est ce qui a suscité la réouverture du restaurant Château Tamberma ?

Frédéric Gakpara : Le Cabaret Bar Restaurant Château Tamberma a été inauguré en 2008 à Denyigba Culture. Il a connu beaucoup de difficultés dans son fonctionnement. Nous l’avons carrément fermé le 02 octobre 2019 pour des travaux de réaménagement. Nous aurions pu le réouvrir depuis juin dernier mais en raison de la crise sanitaire nous l’avons finalement fait ce 20 septembre 2020.

Ne pouvant produire de grands spectacles à la salle Bella Bellow Hall de Denyigba Culture en raison des mesures barrières édictées par l’Etat, nous avons choisi de produire les petites animations au Château Tamberma afin de maintenir la flamme des arts vivants allumée.

Un aperçu du restaurant “Château Tamberma”

Qu’est ce qui fait sa particularité ?

La classification en 2002 de l’habitat des Bétamaribé, Tata Somba ou Tamberma, comme patrimoine mondial de l’UNESCO, a inspiré le projet de Château Tamberma en 2004 à Denyigba Culture. L’objectif étant de créer dans la capitale togolaise une vitrine à cette richesse culturelle.

Ici, la grande case du château est ouverte pour servir de scène en rotonde où sont produits des café-concert, café-littéraire, musique acoustique, mono-théâtre ou duo, conte, slam, stand-up… Le bar restaurant créé dans l’espace du château lui confère son caractère de cabaret, devant rassembler artistes comme visiteurs pour échanger, se distraire et déguster des mets du terroir.

On y trouve quels mets ?

La gastronomie du Château Tamberma va du petit déjeuner au dîner avec des mets du Togo et d’ailleurs. Vous y trouverez par exemple Aklui zogbon (bouillie) au petit déjeuner, du foufou (igname pilé) au déjeuner, des pâtes (spaghetti), grillades, pizza au dîner.

Une grillade

Les coûts sont-ils à portée de toutes les bourses ?

Ah oui, c’est le plus grand défi du Château Tamberma. Appliquer des prix devant favoriser la fréquentation des étudiants et travailleurs pour leur présence à nos spectacles. Le bol de bouillie sucrée est à 100f CFA par exemple et avec des accompagnements la facture est à 350f CFA. Mais un petit déjeuner peut aller jusqu’à 2500f CFA selon la composition. Le plat de pâte ainsi que les brochettes sont à partir de 200f CFA.  Les boissons de brasserie sont juste majorées de 50 à 100f CFA. Toutes les bourses peuvent s’attabler au Château Tamberma.

Nous traversons une crise sanitaire, la covid-19, les précautions y sont-elles prises pour le respect des mesures barrières ?

Bien sûr ! Les bavettes sont obligatoires pour l’accès à l’espace. Vous avez des gels hydroalcooliques aux endroits sensibles depuis l’entrée principale ainsi que des lavabos pour les mains. D’une capacité initiale de 120 places assises, le nombre limite au château est de 50 personnes désormais dans le but d’appliquer les mesures de distanciation. Nous désinfectons les lieux, les sièges et les tables chaque matin. Bien évidemment cela génère des coûts énormes mais nous nous interdisons de les faire répercuter sur les prix de consommation. Nous espérons tenir longtemps (rire).

Quelle appréciation faites-vous du mois du consommer local décrété par le gouvernement ?

C’est un début de prise de conscience et on ne peut que s’en féliciter. Mais que ce ne soit pas un simple folklore sans mesures de subventions des productions locales. Et la consommation locale ne s’arrête pas à l’alimentaire et au vestimentaire. C’est aussi la main d’œuvre, l’expertise, la technologie, les arts…des nationaux qu’il faut exploiter non pas seulement en un mois pour faire plaisir, mais tout le temps.

Nous ne saurons finir cette interview sans parler de vous-même, porteur de ce projet, que devient le Professeur Gakprrr sur le plan culturel en général et sur le plan humoristique en particulier ?

Compliqué de parler de moi en ce moment…

L’ingénieur culturel continue d’investir à travers l’association Denyigba Culture, malgré le climat politique défavorable à l’économie culturelle. En marge du Château Tamberma, la Résidence artistique est en extension. Le renforcement de la régie son et lumière de Bella Bellow Hall est en cours. L’objectif est de pouvoir nous relever après cet Etat d’urgence durant lequel l’Etat togolais n’apporte aucune assistance à l’industrie culturelle, mise à mal par la fermeture systématique des salles de spectacles et de cinéma jusqu’alors ainsi que des frontières. Même la subvention des coûts des mesures barrières durant l’Etat d’urgence a été refusée au Consortium des Centres Culturels par le Ministère de la culture. Quand le Chef de l’Etat annonce 400 milliards pour faire face à la crise et ses répercutions, vous imaginez bien que c’est du bluff.

L’artiste, quant à lui, a perdu son sens de l’humour depuis que la dictature au Togo a repris du poil de la bête. Oui, Il nous est difficile aujourd’hui d’ironiser sur le sort des togolais quand leur vie ne tient qu’à la volonté d’un homme en uniforme. La vie artistique de Professeur Gakprrr se résume depuis 2017 à des rôles au théâtre et sa dernière scène date de 2019 en Allemagne.

“Les Moussons Du Rire”, c’est quoi la suite après la première édition en 2014 ? 

La suite c’est des dettes… (rire) Sérieux, nous étions sur la tentative de la 2ème édition quand la crise politique de 2017 a éclaté. De report nous avons fini par une annulation. La réticence des sponsors nous a amenés à une réalité : investir dans les services associés pouvant permettre d’auto supporter au moins 70% des charges d’un événement pour ne pas l’annuler au gré des sponsors. Voilà l’une des principales raisons de nos incessants investissements. Nous reparlerons de ce sujet en 2022 si Dieu le veut.

Où retrouver le restaurant « le château Tamberma » ?

Au premier étage de Denyigba Culture Lomé ; quartier Saint Joseph, 2ème rue à gauche après le Collège Saint Joseph en allant à l’aéroport. Pour tout contact, le 97 09 79 79.  Site web : www.denyigbaculture.tg

9- Votre mot de la fin.

Nous tenons à rappeler à l’Etat togolais que l’entrepreneuriat culturel en secteur privé ne saurait suppléer l’obligation de l’Etat à la promotion des industries culturelles telle que définie dans la Politique Culturelle et son plan d’action. De même, soutenir les acteurs culturels à la résilience et à la relance de leurs entreprises relève du rôle de l’Etat. Merci à KAMGOU pour le micro tendu. 

Interview réalisée par Estelle Koudjonou

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